Tirailleurs sénégalais, un devoir de mémoire

Tirailleurs sénégalais, un devoir de mémoire

Sably
Sably

Sably

Matricule 26 798
classe 38
Bantegouin, région de Man, Côte d’Ivoire, 18/02/99

Yeo Mohoouo
Yeo Mohoouo

Yeo Mohoouo

Né en 1919
Mat. 27279
classe 39
Pangarikaha, Côte d’Ivoire, 1999

Yeo Polo
Yeo Polo

Yeo Polo

Né en 1915
Mat n°3304
Pangarikaha (région de Korhogo), Côte d’Ivoire, 1999

Silué Yenapitian
Silué Yenapitian

Silué Yenapitian

Mat 84 703
classe 41
Napié, région de Korhogo, 1999

El Khouttif
El Khouttif

El Khouttif

Né en 1923
Classe 43
mat 5008
Ek-Kelâa-des-Srarhna, Maroc, octobre 2000

Mohamed Aba
Mohamed Aba

Mohamed Aba

Né en 1920
Engagé le 8 octobre 1939
mat 20 902
Ek-Kelâa-des-Srarhna, Maroc, octobre 2000

Khallouq Ben Allal
Khallouq Ben Allal

Khallouq Ben Allal

Né en 1911
Mat 39770
Ek-Kelâa-des-Srarhna, Maroc, octobre 2000

Capturé le 27 mai 40, prisonnier dans un Stalag (probablement Chartres), libéré le 22 08 44. 15 ans de service.

El Akraoui Salah
El Akraoui Salah

El Akraoui Salah

Né en 1922 à M’Zaida Old Akkariya
Touche une pension : 45 e (env. 500 dirhams)
Ek-Kelâa-des-Srarhna, Maroc, octobre 2000

Engagé volontaire, participe au déminage de la frontière entre l'Italie et la France.
Reste huit ans dans l'armée française, blessé en Indochine.

Noimbaye Ambroise
Noimbaye Ambroise

Noimbaye Ambroise

Né à Bikou (région de Moundou).
Matricule 19 121, classe 39

Pension : 700 000 FCFA/6 mois
Moundou, Tchad, 2000

Mamadou Coulibaly
Mamadou Coulibaly

Mamadou Coulibaly

Matricule 58 075
classe 40
Nioro du Sahel, Mali, 1999

Dianguina Coulibaly
Dianguina Coulibaly

Dianguina Coulibaly

Né en 1906
matricule 19 382
Appelé pour 3 ans en 1926, rappelé en 1939 (7ème puis 12ème RTS)
Kapelé, Côte d’Ivoire, février 99

Nanzegue Tuo (ou Tio)
Nanzegue Tuo (ou Tio)

Nanzegue Tuo (ou Tio)

Né en 1914
classe 34
matricule 82 306
Appelé le 21.01.34, libéré le 22.01.37.
Rappelé le 17.09.39, blessé en 40.
Prisonnier de guerre n°17485
Tapalaka, Côte d’Ivoire, 1999

« A ce moment, nous on était très mécontent, et lorsqu’on nous a pris ici, arrivé à Abidjan, beaucoup sont morts de chagrin. Parce qu’on ne voulait pas partir. Donc beaucoup sont morts sans voir même la guerre. Ceux qui ont pu vivre, vraiment ils étaient mécontents de partir. (…) Donc il y a eu un regroupement pendant deux mois, avant de partir. Et certains se pendaient parce qu’ils refusaient de partir : parce qu’ils avaient trop peur. Parce que lorsqu’ils étaient là bas, leurs aînés (de 14/18) leur ont expliqué un petit truc : ils disaient que lorsque tu es à la guerre, celui qui est devant toi, c’est lui qui reçoit les balles. Donc, si quelqu’un veut se cacher derrière toi, tu le tues. Puisque tu n’es pas un arbre. Il y en a, de peur même, ils prennent leur propre fusil pour se tuer. Parce qu’ils ont vraiment peur. Voilà. Voilà pourquoi certains se pendaient, en pensant un peu à ce film. Alors voilà pourquoi il était vraiment strictement interdit de dire à quelqu’un ce qui se passait là bas. Voilà. Mais ceux qui étaient prévenus, par la peur ils refusaient de partir maintenant. Donc eux-mêmes se pendaient, parce qu’ils ne veulent pas partir à la guerre. (…)

Quand on est parti pour la guerre, on était vraiment sur le champ de bataille. La France a envoyé un char de combat qui a fait le combat un moment avec nous. Et après ça, les Allemands ont réussi à brûler le char. A ce moment là, c’est comme si on était resté sans armes. (…) Quand on a été capturé, on est parti en Allemagne, comme prisonnier. Il faisait froid, très froid. Après, on a changé de prison, on est arrivé à Neuville, en France. On fabriquait des pagnes (vêtements), là bas. (…)

Quand on partait, puisqu’on savait qu’on allait à la guerre, donc on mettait des trucs africains en poche. Donc des trucs mystiques. On empochait ça et on allait à la guerre. Et lorsque par exemple l’avion arrive sur le champ de bataille pour faire des bombardements, la plupart c’était des Blancs qui mouraient. Donc, s’il y a au moins 100 Blancs dans le village, tous les 100 Blancs ils peuvent mourir, mais au moins quelques Africains en ressortaient. Quand il y a un bombardement, vraiment, si tu dois mourir, tu meurs, mais toujours est-il que le truc que tu avais sur toi, il arrivait souvent à te sortir des problèmes. Mais les Blancs, puisqu’ils ignoraient tout ça, beaucoup sont morts. Les cartouches, c’est les Blancs qui les fabriquent. Mais nous, on avait des produits pour ne pas que les cartouches puissent pénétrer dans notre corps. Tel que le gris-gris. » (…)

Sandona Tuo
Sandona Tuo

Sandona Tuo

Matricule 12 935
classe 44
Sangbokho (Diko, région de Korhogo), Côte d’Ivoire 1999

Bani Belco Yacoubou
Bani Belco Yacoubou

Bani Belco Yacoubou

Né en 1918 à Ouroukayo
Matricule 43 699
classe 38
Pension : 225 000 FCFA/trois mois.
Ouroukayo, région de Natiingo, Bénin

Natta
Natta

Natta

Né à Boukoumbé en 1912
Matricule 27 771
classe 32

Incorporé le 11/02/32 pour quatre ans, Natta se réengage de nouveau le 12/12/36 pour quatre ans.
Il est affecté au BTS 8 le 29/03/37. Il passe tirailleur de 1ère classe le même jour. En France à partir du 28/07/38.

Dans la rubrique décoration de son carnet militaire il est indiqué qu'il reçoit « la médaille militaire a la date du 30/11/40 par le général d’armée Huntzier, commandant en chef des forces terrestres, ministre secrétaire d’Etat à la guerre » « Gradé très grièvement blessé par éclat d’obus au cours des combats de la Somme du 25/05/40. A perdu l’œil droit ».

Il est réformé le 27/11/40 par le CSR de Fréjus. Il embarque à Dakar le 25/02/41. Il débarque à Cotonou le 06/03/41. Il est renvoyé dans ses foyers le 28/03/41.

Onessa Kouayeri, dit Kona
Onessa Kouayeri, dit Kona

Onessa Kouayeri, dit Kona

Né vers 1914 à Taïacou
Matricule 31 204
classe 34
Pension : 159 681 FCFA/trimestres
Tanguieta, Bénin

Engagé volontaire pour quatre ans le 08/02/34 (8 ème RTS)
En France du 03/09/39 au 14/05/40
En captivité du 16/06/40 au 27/10/41
En Italie du 22/06/44 au 08/08/44
En France du 17/08/44 au 20/05/46

Onessa Kouayeri est nommé au grade de caporal le 09/04/47, il est renvoyé dans ses foyers le 23/12/48 et se retire à Yakounko, canton de Kvala, cercle de Natiningou.
(source : carnet militaire)

Oule Drabo
Oule Drabo

Oule Drabo

Né en 1919 à Kassan
Matricule 43 479
classe 1939.
Pension : 219 205 FCFA/trois mois
Kassan, Burkina Faso, 2000

Diou Zerbo
Diou Zerbo

Diou Zerbo

Né en 1910 à Kassan
Matricule 61 654
classe 1930
Kassan, Burkina Faso, septembre 2000

(…) Question : Et les corvées, ça consistait en quoi ? C’était pour construire des routes, couper des arbres… ?
Diou Zerbo : Des arbres, des routes, des puits… tout le travail. (Mais) tout le travail c’est pour eux (le chef de canton et les chefs de village). Le chef de canton, il avait des champ de plus de 20 ha, de plus de 10 ha, de plus de 15 ha… on cultivait du matin jusqu’au soir, sans (nous) laisser dormir. Sans (nous) coucher. Sans nous donner à se reposer. Alors, tout, tout, tous les objets (ce qu’on cultive) c’est pour eux. Voilà. Tu as un poulet c’est pour eux, tu as un bœuf c’est pour eux, tu as un âne c’est pour eux, tu as un mouton c’est pour eux… ils prennent tout, entièrement, et tu n’as rien pour (toi). (…)
Question : Ce n’était pas possible de se révolter ou de dire… ?
Diou Zerbo : Se révolter avec qui ? Tu veux voir le commandant ? Il y a des gardes partout. (Si) on t’attrape là, (on va te) frapper, frapper, frapper… tu n’arrives pas devant le commandant pour (lui) expliquer, puisque tu ne comprends même pas le français. Tu ne comprends même pas la langue des bambaras. Il n’y a qu’un seul interprète, un seul interprète. Quand l’interprète il dit qu’un tel a fait ça, fait ça… le commandant, il ne comprend pas… on dit au commandant : « Voici un type qui veut révolter le village. C’est lui ! Attrapez (le) ! Frappez le ! ». Alors, qu’est-ce que tu pouvais dire ? Le commandant il ne connaît pas assez (ce) qu’il nous fait (le chef de canton). Le commandant il ne connaît pas assez qu’on joue avec nous. Le commandant, il ne connaît (sait) pas qu’on nous prend nos moutons ou les poulets ou les pintades. Le commandant, il est à Tougan avec son interprète, c’est tout. Avant d’arriver devant le commandant et dire ça, ça, ça… déjà on va expliquer au commandant : « Voici un type qui (s’) amène, un sauvage. C’est lui qui veut révolter les gens. Alors, une fois arrivé, le commandant dit : « Allez ! Attachez-le ! C’est un sauvage ». Toi, tu n’es pas sauvage, tu es devenu sauvage ! Voilà. Alors, ça, ça nous brûle le cœur, c’est pourquoi nous avons demandé à être engagé volontaire.(…) Le commandant (nous) demande (d’) être civilisé, d’être d’accord, de ne pas avoir d’histoires… avec personne. Le commandant il dit ça, qu’il faut (se) calmer, s’entendre, être d’accord, faire la camaraderie… et c’est tout ce qu’il y a. Les commandants, ils sont venus pour nous civiliser. Voilà. (…)
Question : Et par exemple, quand vous faisiez des routes, c’était pour les chefs de canton ? Ou c’était pour les blancs ?
Diou Zerbo : Les routes, c’est pour les blancs. Mais les blancs, ils disent seulement : « Je vais faire la route d’ici à Toma ». Le commandant dit ça : « Il faut ouvrir une route ici, de Tougan à Toma ». Les gens ne vont pas refuser ça ! Voilà. Pour faire cette route, tout le monde est content. Mais quand on a tapé dans les tams tams le soir, pour que le lendemain on aille au travail sur la route, mon vieux… il faut voir ! Quarante ici pour le chef de canton, vingt ici pour le chef du village, trente ici pour le champ du chef de canton… Partout ils dépensent les pauvres travailleurs. Oui. Pas plus de vingt… vingt personnes sur la route. (…) Les français payent le coton. Mais, quand le chef de canton a saisi l’argent, c’est dans sa poche. Sans (le) présenter à aucun cultivateur. Tout l’argent c’est pour lui. On a été bien frappé du matin jusqu’au soir pour cultiver, il te donnera pas un franc. Qui est content de ça ? C’est pourquoi ça nous fait mal. Je me suis engagé en 1930. En 31 je suis monté en France. » (…)

Koni Gerbo
Koni Gerbo

Koni Gerbo

Né en 1917
Matricule 42502
classe 39
Daka, Burkina Faso

Toubamba Ouangré
Toubamba Ouangré

Toubamba Ouangré

Né à Tenkodogo vers 1913
Matricule 75 533
classe 33
Carte de combattant n° 38 139
Toubamba Ouangré touche une pension
Tenkodogo, Burkina Faso, 14.05.04.

Incorporé comme appelé le 15.01.33. pour trois ans à Tenkodogo
Réengagé pour trois ans le 19.05.34.
Passe au BTS 6 le 20.09.37. comme 2ème classe
Nommé 1ère classe le 01.08.38.
Prisonnier de guerre, rapatrié sanitaire en novembre 1941 (une balle dans le ventre).
Il perçoit une prime de démobilisation de 500 F le 13.01.42. à Ouagadougou.

Tarnagda Youma
Tarnagda Youma

Tarnagda Youma

Né à Zorombougou (région de Tenkodogo) en 1919
Matricule 29 351
classe 38
Tenkodogo, Burkina Faso, mai 2004

Incorporé à Tenkodogo le 15.12.38. comme engagé volontaire pour quatre ans.
Débarque en Corse le 13 avril 44 puis à l'île d'Elbe le 21 juin 44 et en Provence le 16 août 1944.
Tarnagda Youma, après plusieurs réengagements successifs (en 42, 48, 49), est renvoyé dans ses foyers le 19.08.53. après 15 ans de service.
Il est nommé au grade de caporal le 01.06.42. et de caporal chef le 31.03.50.

Zaoua Tibiza
Zaoua Tibiza

Zaoua Tibiza

Né à Ouakuy en 1914
Matricule 83507
classe 34
Zaoua Tibiza touche une pension.
Bondoukuy, Burkina Faso, 07.05.04.
Zaoua Tibiza donne le nom de huit tirailleurs de son village engagé entre 34 et 36 :
Zerba Zaoua Tibiza (36), N’adam Bicaba (34), Masaoua Loyara (34), Toumbaï Zaoua (34), Tsé Ida (36), Toran Yaro (36), Paco Diensa (36), Penca Zaoua (36)

Perin Coulibaly
Perin Coulibaly

Perin Coulibaly

Né à Bondoukuy en 1922
Matricule 67369
classe 42
Perin Coulibay touche une pension
Bondoukuy, Burkina Faso, 06.05.04.

Il est indiqué dans son carnet militaire « qu’il est au armées (territoire Italien) à compter du 23/06/44 » puis « en territoire Français à compter du 17/08/44 » et « en Allemagne occupé du 18/04/45 au 10/11/45 ».

Perin Coulibaly se réengage dans l'armée française pour des période de trois ans jusqu'en 1958.

Yabli Ouedraogo
Yabli Ouedraogo

Yabli Ouedraogo

Né à Fore (région de Ouahigouya) en 1920
Matricule 58670
carte de combattant n°1808
Recruté le 07 02 1940 à Tikaré
libéré du service le 28.01.46.
Nouna, Burkina Faso, 04.05.04.

Dembélé Daouda
Dembélé Daouda

Dembélé Daouda

Né à Goni (ou Womimi) en 1918
matricule 60 549
classe 40
Traduit du dioula
Goni, Burkina Faso, mai 2004

« (…) Ce que vous avez dit, il l’a bel et bien compris. Si vous êtes venu, c’est en tout cas pour que la mémoire subsiste, que les anciens combattants subsistent, il est vrai. Mais bon, par exemple, lui il sait que ce que vous avez fait c’est bien… mais la reconnaissance qu’on va lui faire, il sera déjà décédé. Je ne sais pas si vous avez compris ce qu’il veut dire… que le fait que vous soyez venu pour le voir, il très content, il est émotionné aujourd’hui. Il se souvient qu’il fût militaire, qu’il est très content de ça, qu’il fût militaire. Malgré son âge, quoi… que le fait que vous avez même vu les documents (son carnet militaire) il est très content…Aujourd’hui ça a réveillé ses souvenirs de militaire… Il vous salue bien… Les paroles ne peuvent pas finir.
Question : Les paroles ne peuvent pas finir ?
Traducteur : Bon, la discussion ne peut pas finir, (mais) s’il parle… il risque de pleurer. Que le fait que vous êtes venu le voir… lui il est assis (handicapé) aujourd’hui et il sait qu’il fût militaire… Il dit : « Dembélé Daouda. Numéro 60 549. Compagnie de base aviation. 2ème classe ». (…) La main sur son cœur il n’a jamais eu une heure de…consigne (punition) à faire... Vraiment il ne peut pas finir toute la conversation, mais il vous donne toute ses bénédictions. (…) Il dit qu’il est resté parmi les Blancs et aujourd’hui… avec sa fatigue… lui il est surpris et étonné de voir un Blanc aujourd’hui même. (…) Lui, il ne s’attendait plus à revoir un Blanc… que c’est sa longue vie qui donne tout, quoi ! (…) Il dit de vraiment le pardonner, que ses paroles ne peuvent pas finir. Il dit que le soleil là va rentrer… on n’aura pas fini de tout dire. (…) Il dit qu’il prie Dieu (pour) que demain… ou le jour que vous aurez besoin de lui… qu’il soit toujours vivant. Pour que vous soyez vivant et en pleine forme pour pouvoir effectuer votre déplacement et le revoir un jour. (Il dit) qu’il a trop duré de voir un Blanc. (Il dit) qu’il y a des années de cela ils ont fait une fête dans un village là, et il y avait des Blancs. Il voulait seulement aller voir les Blancs. Bon, avec son état de santé, il n’a pas pu. Oui. Comme il a un problème de déplacement il se demandait s’il allait voir un Blanc encore. C’est pour ça seulement qu’il est trop content. Vous avez toutes ses bénédictions… mais la mort est obligatoire. (…) Il dit que si réellement on pouvait dormir ici… pour que ce soir ses enfants viennent voir qu’il y a un Blanc chez lui… pour (qu’ils sachent) qu’il fût ancien combattant. Que vraiment il serait content.
Question : Et pourquoi il serait content ?
Traducteur : Parce que lui en mourrant il sera content. Parce que vous aurez le temps de causer. Et lui il dira à ses fils : « Voyez, ce sont des gens… eux et moi on a tout fait ensemble ». (…) Et puis aujourd’hui, il n’a rien pour toi. Il n’a rien à vous donner, seulement… c’est à dire l’amour qu’il a eu pour le Blanc. Lui il sait qu’il est candidat de la mort… si ses fils venaient voir… lui en compagnie d’un Blanc… ça le… voyez, ça rappelle… ce qui s’est passé, quoi.
Question : Et pourquoi se serait important dans sa relation avec ses fils ?
Traducteur : Il dit que ça c’est le problème de Dieu ». (…)

Dakyo Ledio (Koyera)
Dakyo Ledio (Koyera)

Dakyo Ledio (Koyera)

Né à Tiémogosso (Haminikuy)
probablement en 1913
Matricule 23803
classe 36 (08 janvier)
Langue maternelle : Bwamu
Dakyo Ledio ne touche pas de pension
Tiémogosso, Burkina Faso 05.05.04.

Dembélé Kabé
Dembélé Kabé

Dembélé Kabé

Né à Sanaba en 1923
Matricule 97679
appelé pour 3 ans le 09 11 44
Sanaba, Burkina Faso, 09.05.04.

Yorohi Worokuy (Yoroi Ourokuy)
Yorohi Worokuy (Yoroi Ourokuy)

Yorohi Worokuy (Yoroi Ourokuy)

Né à Soumakuy en 1922
Matricule 81978
classe 42
Langue maternelle : Bwamu
Soumakuy (Sanaba), Burkina Faso 09.05.04.

Appelé pour trois ans le 07.11.42.
Affecté au 6ème RAC le 01.06.43.
2ème classe puis 1er canonnier.
Renvoyer dans ces foyers le 21.11.45.

Bambara Christophe
Bambara Christophe

Bambara Christophe

Né à Garango en 1921
matricule 61805
classe 41
Tenkodogo, Burkina Faso, mai 200

Incorporé le 20.12.41. comme engagé volontaire pour quatre ans devant la commission de recrutement de Tenkodogo.
Bambara Christophe participe notamment aux combats en Italie (du 03.05.44. au 06.08.44.) puis en France (à partir du 17.08.44.).
Il est en Indochine (du 04.01.52. au 05.01.54.) puis au Maroc (en 55/57) et en Algérie (en 58/60).
Source : carnet militaire.

Bambara Christophe dit notamment qu’à Belfort ils avaient des vêtements américains et que là bas, à cause du froid, « si tu enlevais tes chaussures c’était direct l’hôpital ou on allait te couper les pieds ». On leur avait dit que sur les églises, il ne fallait pas tirer.

Moumini Gnégné
Moumini Gnégné

Moumini Gnégné

Né en 1919
matricule 40355
classe 39
Samanoko (région de Garango), Burkina Faso, mai 2004

Moumini Gnégné est incorporé au BTS n°6 à compter du 09.08.39. comme engagé volontaire pour quatre ans devant la commission de recrutement de Tenkodogo.
Moumini Gnégné embarque pour la France le 20.03.40. Il y reste jusqu’au 22.12.40.
Il est en mer du 23.12.40. au 01.01.41. puis au Soudan du 23.02.43. au 01.03.43. Il est au Sénégal du 02.03.43. au 21.10.43.
Moumini Gnégné se réengage le 26.06.43. pour deux ans, à compter du 09.08.43.
Il embarque à Dakar le 22.10.43. sur le bateau « Pasteur » à destination de Casablanca. Il y débarque le 25.10.43. Il reste au Maroc du 26.10.43. au 28.04.44. puis il est en Italie du 03.05.44. au 07.08.44.
En Italie, il participe notamment aux opérations de Palestrina-Gallicano (du 5 au 8 juin 44), aux « opérations » de Castel Giorgio (le 14), du mont Rufeno (le 15), de Trevignano (le 16), de Celle sur Rigo (le 17), du Monte Calcinayo (du 18 au 21).
Moumini Gnégné débarque en France le 17.08.44.
Il est rapatrié de la métropole et embarque à Marseille le 13.02.45 sur le « Dunkerque ». Il débarque à Dakar le 12.03.45. Il est mis en route sur sa colonie d’origine par Bamako. Il quitte Dakar le 15.03.45. Il est mis en route sur Bobo par camion et y arrive probablement le 21.03.45.
Libéré du service actif le 16.11.45. après six ans et deux mois et vingt neuf jours de service. Il termine son service le 23.11.45.
(source : carnet militaire).

Sur une feuille volante de son carnet militaire il est indiqué qu’il faisait partie de « la 1ère compagnie du BM 21 lors de l’affaire du Calcinayo le 18 juin, où cette unité a obtenue une citation à l’ordre de l’armée comportant attribution de la croix de guerre avec palme ».
« Magnifique unité qui après avoir conquis en flèche le mont Calcinayo au nord est de Radicofani a essuyé trois furieuses contre-attaques menées par un bataillon de parachutistes ennemis qui avait l’ordre de reprendre cette position à tout prix. Sous l’impulsion du capitaine Coutin qui au cours de l’action a engagé une lutte corps à corps sans merci à la mitraillette et au coupe-coupe. A perdu successivement tous ses officiers et 80% de son cadre européen. A conservé le terrain conquis et ses excellents observatoires, contribuant ainsi pour une large part au succès de l’opération du 18 juin ».

Koudoussé Bambara
Koudoussé Bambara

Koudoussé Bambara

Né à Garango vers 1916
Matricule 11704, classe 37
Langue maternelle : Bissa
Koudoussé Bambara touche une pension
Bouéga (région de Garango), Burkina Faso, 15.05.04.

Incorporé au BTS n°6 comme appelé pour trois ans à Tenkodogo le 04.02.37.
Réengagé pour trois ans le 24.01.42.
Réengagé pour quatre ans le 04.08 44.
Réengagé pour quatre ans le 15.01.48.
Nommé sergent le 01.09.45.

Prends le bateaux le 01.08.37.
Arrive en France le 24.08.37.
En mer le 27.08.37.
Arrive à Djibouti le O7.09.37
Présent à Djibouti jusqu’au 20.04.43.
Reprends le bateaux le 21.04.43.
Arrive en Egypte le 26.04.43.
Part ensuite pour Casablanca le 11.10.43.
Le 18.10.43. reprends le bateaux pour Dakar.
Probablement ensuite en congé.
Il repart ensuite pour Zinder, Niamey et Agadez.

Dans la rubrique décoration de son carnet (p.27) il est indiqué qu’il à le droit au port de la médaille commémorative des services volontaires dans la France Libre (11.06.46.)

Tiémoko Samandé
Tiémoko Samandé

Tiémoko Samandé

Né en 1920 à Tombouctou
matricule 12 940
Kayes, Mali, 1999

« Je vais me présenter : Tiémoko Samandé, numéro de matricule 12940. Bon. Je suis né en 1920 à Tombouctou. Entré à l’école d’infanterie de Kati le 13 sept 33. Engagé volontaire pour 5 ans le 16 octobre 39. Maintenant, j’ai fait mon temps à Kati et à la 2° GM j’étais en préparation dans le département d’Oran, en Algérie. De là je suis parti en Corse. De la Corse, après le débarquement de Normandie le 6 juin 44, moi je suis allé débarquer à l’Ile d’Elbe. Le 17 juin 1944. Jusqu’au 29 juin nous étions là bas. Après, nous sommes retournés en Corse. De la Corse j’ai débarqué en Provence, dans le golf de Saint-Tropez, à Sainte-Maxime. (…) En débarquant dans le Golfe de Saint-Tropez là, il fallait voir : les arbres là étaient criblés de balles. Il y avait un européen qui avait dit qu’il sera le premier à débarquer sur le sol français. Il a été le premier à descendre. Quand il est arrivé, il a essayé d'embrasser le sol et il reçoit une balle dans la tête. Nous, nous avons continué. Il y a des brancardiers qui sont venus, de la compagnie des ramassages… (…)

Après avoir débarqué à Saint-Tropez, nous sommes partis nous installer, après avoir dépassé Grasse, à Six-Fours-la-Plage (Six-Fours-les-Plages), à côté de la montagne. Maintenant il y a eu des tirs d’interjection… les Allemands se sont rendus. Ils sont venus, ils descendaient de la montagne comme des troupeaux de moutons. Les mains en l’air. On a pu faire des prisonniers. (…) (Après) on a dépassé Besançon, le Mont Blanc, on est parti dans le secteur de Belfort. Là, dans la trouée de Belfort, le Général de Lattre de Tassigny a été blessé. Dans la trouée de Belfort. Après, avec l’hiver, ils ont été obligés de nous rapatrier, pour nous remplacer par les FFI. Nous sommes revenus. Maintenant, en 45, je suis revenu ici. J’ai été libéré le 16 octobre 1954, après 15 années de service. Voilà tout ce que je peux vous dire. Non, je n’ai pas fait l’Indochine, ni l’Algérie. (…)

Aujourd’hui, hein, nous sommes là. Seulement tout ce qui nous vexe actuellement, c’est que la France nous a complètement abandonnés. Elle a oublié les moments les plus durs de sa Libération. Combien sont ceux qui sont tombés sur le champ d’honneur ? Nous les rescapés, ils doivent s’occuper de nous. Maintenant ce que nous touchons comme pension, ça ne vaut rien pour le train de vie d’ici. Egalement nous sommes écœurés parce que nous avons parmi nous des gens qui se foutent de nous. Parce que nous avons combattu pour la France. Oui, parmi les Africains. Parce que nous avons combattu pour la France. (…)

Il fallait que la France soit libérée pour que nous puissions avoir notre liberté. Et actuellement, il n’y a que de l’animosité entre nous, ici, entre Africains. Parce que nous n’avons pas le même comportement, la même éducation. Nous, nous sommes habitués à la discipline, et l’armée du Mali, là, ce n’est pas ça. Ca n’est pas ça. Quand on se met en tenue de militaire, il faut que ce soit complet. Habillé. Sans coiffure qui se promène. Ca, c’est la pagaille. Ca, ça ne se faisait pas dans l’armée. Voilà. »

Zongo Reguema
Zongo Reguema

Zongo Reguema

Né en 1919
matricule 29 155
incorporé au 6ème RAC le 27.12.38. comme volontaire
Pension : 28 696 FCFA/6mois
Traduit du mossi par son petit fils
Burkina Faso, Bobo Dioulasso, 1999

« Le chef de canton a reçu l’ordre de faire venir les robustes à Kaya : quand les Français veulent quelque chose, ils passent par ce chef-là. Donc il a reçu l’ordre de faire venir tous ceux qui sont capables d’être mobilisés. Le chef de canton, lui, c’est le responsable coutumier. Un Mossi ne peut pas refuser ce qu’il dit. Le chef du canton a dit que si tu disparais, tu t’évades ou quelque chose comme ça, on va attraper ta femme ou ton papa. On est parti nombreux à Kaya. A Kaya, ils ont maintenant choisi ceux qu’ils veulent, et ils ont laissé les autres. (…)

Ensuite, on est parti à Bobo où on a fait 8 mois, en formation. Le matin à l’école et le soir des exercices. Jusqu’à 8 mois. Si on ne comprenait pas on te frappait. Qui nous frappait ? Mais les anciens. Ce sont les anciens qui frappaient. Après, on a pris le bateau à Abidjan jusqu’à Bordeaux. Direct. Nous on est descendu du bateau le lendemain et on est parti à Libourne. Là-bas il y avait beaucoup de chevaux. On s’occupait du nettoyage et de tout le harnachement des chevaux. J’ai fait ça là-bas 8 mois, avant d’aller au front. (…)

Après Libourne, c’est la guerre. Sur la frontière de la Belgique. Les chevaux de bataille, c’est moi-même qui m’en occupe. Les chevaux tiraient les canons. Six chevaux par canon. C’est ça que nous faisions. Les Allemands ont fait un cercle autour de nous et ensuite ils nous ont pris (Z. Reguema dit que son numéro de prisonnier de guerre était le 2728). Au début, quand on nous a attrapés nouvellement là, les Allemands pensent que les noirs, l’Africain, si on le tue, il se relève. C’est à dire que nous on est des immortels, quoi ! Donc, sur place, ils ont commencé à tuer beaucoup d’Africains. Pour voir si c’était une réalité. »

Zerbo Omar
Zerbo Omar

Zerbo Omar

Né en 1918
matricule 36 195
classe 38
Bobo Dioulasso, Burkina Faso, 1999

« On a enlevé les culasses des fusils, mis en tas avec les pelles-bêches et tout. On a fait un trou pour camoufler tout. Après on a été mis par colonne par trois. L’endroit où on est parti encore, je ne connais pas ce village. Ils ont mis du fil barbelé tout prés d’un marigot ; nous étions là bas maintenant. Bon le moment où nous étions là bas, on ne mange pas. On nous donne pas à manger. Il n’y a rien, rien à manger. Nous on a commencé à manger l’herbe, l’herbe qu’on peut manger. Avec des feuilles. On appelle ça de la salade sauvage. Nous on a mangé ça. Après quelques jours encore ils sont venus nous appeler là bas pour nous amener…Moi je ne connais pas ce pays…C’était pas loin de Nancy. Voilà : à Neuves-Maisons ! Oui, nous sommes partis maintenant pour travailler dans l’usine. Il y a toutes les sortes de travaux là dedans. C’était une grande usine. Les Allemands là ont fait sortir tous les Européens, les civils. C’est les prisonniers qui font ce travail maintenant. Il y a quelques patrons qui donnent les ordres aux prisonniers, qui nous montrent le travail qu’on doit faire. Tous les Européens qui ont été là, on les a fait quitter. Peut-être qu’on les a amenés en Allemagne, on ne savait pas. » (…)

Débégui Drabo
Débégui Drabo

Débégui Drabo

Né à Kassan en 1917
Matricule 44374
classe 39
Kassan (Tougan), Burkina Faso 2000

Oule Drabo
Oule Drabo

Oule Drabo

Né en 1919 à Kassan
Matricule 43 479
classe 1939.
Pension : 219 205 FCFA tout les trois mois
Kassan, Burkina Faso, 2000

Engagé volontaire pour quatre ans le 25/01/39 (16ème RTS).
Il est en France jusqu’au 22/10/40 puis en Algérie (23/10/40) et au Maroc (28/03/41).
Il y reste jusqu’au 28/04/41. Arrive au Soudan le 21/05/41 (en congé du 22/05/41 au 31/07/41).
Débarque en France le 28/09/44.
Libérable après quinze ans de service le 22/01/54.

Zouri Pebenna
Zouri Pebenna

Zouri Pebenna

Né à Bossoum en 1917
Matricule 10 353
classe 37
Bossoum (région de Tougan), Burkina Faso, 2000

Sanou Douba
Sanou Douba

Sanou Douba

Né à Koukoa (ou Kaoko) en 1918 (région de Nouna)
Matricule 16265 (ou 16205)
classe 47
Langue maternelle : Bwamu
Pension : 238 775 FCFA/trimestre
Nouna, Burkina Faso, 04.05.04.

Sanou Douba : Mon papa n’a pas voulu que je parte au service militaire.
Question : Pourquoi ?
Sanou Douba : Il a tout fait… Je ne sais pas. Il veut que je reste à côté de lui. Lui, il n’a pas voulu. Il a tout fait… Des fois quand je viens ici à Nuna, il me donne quelque chose. Le jour du recrutement, il m’a dit qu'il faut mettre ça dans la bouche. Oui. En 38, là. En 38/39/40, là, quand je viens (au recrutement), il m’a donné quelque chose, pour que le jour du recrutement je mette ça dans la bouche, pour croquer.
Question : Pour être malade ?
Sanou Douba : Pour qu’on me prenne pas !
Lui, il n’a pas voulu, il voulait que je reste ici à côté de lui (...).
Question : Et qu’est-ce qui se passait, il vous donnait des produits africains, c’est ça ou comment ?
Sanou Douba : C’était un produit que je ne connais pas. C’est un produit, bon… C’est pour ne pas… pour qu’on me prenne pas. Voilà. Tout ça là, c’est pour qu’on me prenne pas. Moi, je n’ai pas su. Moi je n’ai pas su. Si moi j’avais su, peut-être que je vais prendre ça, le mettre dans la poche et ne pas le mettre dans la bouche. C’est le jour du recrutement seulement que je met ça dans la bouche.
Question : Vous même vous ne saviez pas ?
Sanou Douba : Je savais pas ce que… pourquoi… pourquoi on m’a dit de faire ça. Là, je n’ai pas compris. C’est après ça que j’ai compris que c’est… c’est pour qu’on me prenne pas. (...)
Question : Si vous aviez su…
Sanou Douba : Si moi j’avais su…
Question : Vous n’auriez pas pris ?
Sanou Douba : J’allais pas prendre ces produits-là.
Question : Et pourquoi ?
Sanou Douba : Moi j’allais partir au service militaire.
Question : Vous auriez voulu partir ?
Sanou Douba : Oui. (...) C’est le papa qui n’était pas content que je parte.
Question : Est-ce que dans votre village il y avait d’autres jeunes ?
Sanou Douba : Oui, il y avait d’autres jeunes qui sont partis.
Question : Ils étaient contents ou ils n’étaient pas contents ?
Sanou Douba : Ils n’étaient pas contents. Ils étaient pas contents. Parce que quand on recrutait quelqu’un là, toute la famille pleurait. Avant. On dirait qu’il est mort, non ? Toute la famille pleurait. (...) Ceux qui ont fait le service militaire là, les pensionnés là, avant à Nuna ici, il fallait deux jours pour payer les pensionnaires. Il y en avait beaucoup. Mais presque tous sont partis (morts). On n’est pas beaucoup maintenant. On n’est pas beaucoup. Tous sont morts, presque. Oui. Des 39/40 aujourd’hui, je ne pense pas (qu’il en reste). Ceux qui sont vivants… Mais comme vous tournez là, peut-être, peut-être que vous allez en rencontrer dans un… dans un pays ou je ne sais. Mais chez nous ici, y’en a pas. Parce que ils sont morts… En 38, là… J’allais m’engager au régiment. Y’a pas eu ça. Mais Dieu merci quand même que je suis revenu volontairement pour m’engager et j’ai eu la chance (en 1947). J’étais content.

Silué Namble
Silué Namble

Silué Namble

né en 1919
matricule 27 264
classe 1939
Guiembé, Côte d’Ivoire, 1999

Namble Silué est mort fin novembre 98. Il a été enterré 3 mois plus tard, après avoir été « formolé ». Silué Namble touchait une pension de 28 000 FCFA tous les 6 mois.

Son neveu raconte :
« Lorsqu’il était très heureux dans sa vie, je le vois, il est là, il se lève, il prend la photo de de Gaulle, il se promène dans le village. Il présente la photo de de Gaulle aux gens, il leur dit : « Voilà un brave garçon, c’est lui qui nous a encadré pendant la guerre. Vraiment il était un brave garçon ». Il ne cessait pas de faire les éloges du Général de Gaulle. Vraiment c’était un passionné du Général de Gaulle. (…)
Quand il est mort, je ne sais pas si c’est sous forme de traumatismes qui revenaient dans sa tête, de films qui revenaient dans sa tête, mais souvent cette nuit là il appelait les noms de ses coéquipiers que nous même on ne connaît pas. Il disait « attaque-le ! », ou bien « ils nous attaquent, passe par ici ! », ou bien « cachez-vous par-là ». C’est ce qu’il disait. Nous, on ne comprenait plus rien. En tout cas, c’était une scène de guerre. Il était presque inconscient. Je ne sais pas ce que cela symbolise réellement, ces films qui repassaient dans sa tête avant de mourir. »

Denis Yace
Denis Yace

Denis Yace

Classe 1942
4 années de service (1er FFL)
Abidjan, Côte d’Ivoire, 1999

En tant qu’élève de l’école Normale de Dakar, Denis Yace est engagé « nécessairement » dans l’armée, en 1942, après avoir terminé ses études. Début 44, il part avec un détachement de renfort, à « destination inconnue » et rejoint le 1er FFL. Après un passage à Oran, il débarque à Marseille en 1944. Avec son détachement d’artillerie, il participe notamment à la Libération de Royan.

« Ah ! Content ? Non, on n’était pas content d’aller à la guerre. Nous étions élèves, nous étions de la promotion 42, nous aurions préféré revenir dans nos villages que d’aller à la guerre. Mais on était obligé car nous étions sujets français. On était obligé de partir mais on ne pouvait pas être content. (…) Nous ne pouvions pas savoir exactement ce qui se passait en ce temps là. En ce sens que … bon. On a appris que de Gaulle a voulu débarquer au Sénégal quand nous étions encore élèves. Le gouverneur général qui était là n’avait pas accepté. De Gaulle a été obligé d’aller au Ghana, je crois, et a fait bombarder Dakar. Ça on l’a appris comme ça. Mais dites-vous bien que quand de Gaulle a débarqué en Afrique du Nord et tout ça, et qu’il y avait des différends entre lui et Pétain, nous on ne pouvait pas le savoir. D’abord il n’y avait pas de journaux en ce temps là. Et puis en ce temps là, l’Africain n’était pas tellement libre pour lire les journaux. (…)

Si vous aviez de la chance, vous reveniez, si vous n’aviez pas de chance, vous passiez. Mais on a réussi à prendre cette poche (Royan) et le reste des soldats allemands ont été fait prisonniers. Nous les avons d’abord conduits à Pornichet, près de la Baule, et puis nous devions continuer vers l’Alsace. Une semaine après, au moment de partir, on nous a dit que la guerre est terminée. Et on était content. Voilà. (…) Et puis on a rejoint Fréjus pour voir si l’on pouvait trouver une possibilité pour revenir en Afrique. Mais à Fréjus, il nous a fallu attendre plus d’un an car les occasions de bateaux qui existaient, c’était pour transporter les gens en Indochine. Là, cela venait d’éclater, et il fallait d’abord trouver des volontaires pour aller là bas. Et ceux qui n’étaient pas volontaires, ils devaient attendre une occasion pour revenir en AOF. Ah non, non, je ne voulais pas y aller ! Je me rappelle d’un officier qui est venu me consulter avec un camarade qui s’appelait Monsieur Aoussi, un sergent aussi. Il nous a dit : « Alors, vous ne voulez pas y aller à Sainte-Maxime pour être officier et puis vous irez en Indochine ? ». On a dit : « Non, non ». Il a répondu : « Mais alors pourquoi ? ». C’était un capitaine guinéen, noir, un certain Camara. Il a dit : «Alors pourquoi ? ». On répond : « Mais parce que nous ne sommes pas …Nous avons un métier dans la vie civile ». Il dit : « Ah oui ? ». « Oui, nous sommes instituteurs. Donc dans la vie civile on nous attend là bas pour prendre nos classes ». Il dit : « Et alors, nous autres, c’est parce que nous n’avons rien à foutre que nous sommes dans l’armée ? ». Bon, il nous a collé 8 jours d’arrêt. (…)

Ceux qui disent qu’ils ont été oubliés, oubliés à quel point de vue ? Je ne sais pas. Parce qu’un Tirailleur qui revient chez lui, il ne doit pas compter sur l’armée pour vivre. Il est allé servir la France comme tout Français. Il revient et puis il reprend son travail. Donc, comment ça, on les a oubliés ? Je ne sais pas. Non. Alors quand on dit : « Oui, il y a des Africains qui sont en brousse qui sont oubliés, qui sont malheureux ! ». Mais il y a 50 ans qu’ils sont revenus ! Qu’est-ce qu’ils ont fait dans leur jeunesse quand ils sont revenus ? Il s’est passé 50 ans depuis la guerre. Ils ont fondé une famille… Aujourd’hui, s’ils n’ont plus aucun enfant avec eux ou s’ils n’ont plus de force pour aller en brousse, il ne faut pas dire : « On m’a oublié », non. Ce sont tes enfants qui t’ont oublié, ce n’est pas la France. »

Niamagnama Sidibé
Niamagnama Sidibé

Niamagnama Sidibé

Né à Dédougou en 1921
Matricule 63575
classe 41
Dédougou, Burkina Faso, 08.05.04.

Niamagnama Sidibé : On dit aujourd'hui que celui qui à fait l’armée, ce n’est pas un ancien combattant, c’est un ancien con. On nous a appeler comme ça : « des anciens con ». Ils font comme si on n'avait pas fait la guerre ! Ils font comme si nous on n’avait rien fait, rien seulement. Eh ! Attention ! Parce que si on nous dit ça, ça va nous énerver… en ce moment ça fait comme… si on ne connaissait rien. A cette époque, c’est nous qui avons défendu le pays. Complètement. Faut pas ce moquer de nous. Faut pas nous prendre pour des ignorants. Faut pas nous prendre comme des bêtes. On n’est pas bête. On n’est pas bête. L’ancien combattant est fatigué. Il a défendu… tout le monde se gonfle maintenant !
Question : Tout le monde se gonfle ?
Niamagnama Sidibé : Tout le monde se gonfle maintenant ! Tout le monde se gonfle maintenant. La guerre est finie, alors on nous regarde comme des ignorants, quoi.
Traducteur : Il dit que les « anciens combattants », on les appelent les « anciens con ».
Niamagnama Sidibé : Nous même, on nous a appeler comme ça : « ancien con ».
Question : Et des africains même ?
Niamagnama Sidibé : Voilà.
Question : Des africains même ?
Niamagnama Sidibé : Des africains même.
Question : Des jeunes, ou comment ?
Niamagnama Sidibé : Des africains, des blancs, des jeunes… Les africains, ils ne comprennent pas qu'on a fais quelque chose. Il nous prennent comme des cons ! Des anciens combattants…! On doit nous obéir.
Question : Nous... ?
Niamagnama Sidibé : Obéir. Faut pas nous prendre pour des bêtes. On n’est pas bête et on n’est pas con. On a vu beaucoup de choses. Il faut nous regarder, hein ! Il faut bien nous regarder. On est vieux, on a faim. Mais il faut nous regarder, ne pas nous oublier. Il ne faut pas nous oublier. On est votre fils... on faisait tout ensemble... il ne faut pas nous oublier. Il ne faut pas nous oublier. Jamais. Il ne faut pas nous oublier, jamais. On a le même père. On est du même sang. On a les même parents. Il ne faut jamais laisser ton fils trainer sans même quelque chose. Il faut le tenir (l'aider). Bien. On nous a laisser comme ça. Vous, vous êtes notre papa. Nous, on est votre fils… « Il ne faut pas oublier ton fils ». Il faut toujours regarder en arrière. Il faut regarder.

Domeun Soro
Domeun Soro

Domeun Soro

Né en 1924
classe 44
Matricule 12 942
Diko, Côte d’Ivoire, 1999

Fié Traoré
Fié Traoré

Fié Traoré

Né vers 1918
classe 38
Région de Bobo Dioulasso, mai 1999, Burkina Faso

Incorporé au 15ème RTS le 18/08/40
Fié Traoré débarque au Maroc (24/10/43) puis en Tunisie (17/04/44)
Il participe à la campagne d'Italie (mai à août 44) puis débarque en France (31/08/44)
Il embarque en 1952 sur l'« Espérance » à destination de Saigon
Libérable après 15 ans de service le 08/02/53

Diarra Mamadou
Diarra Mamadou

Diarra Mamadou

Né à Gandé en 1923
classe 43
Gandé, Sénégal, 1999

« C’est à Bakel qu’on m’a pris. On est parti à Rufisque. Après on a pris le bateau et on est parti en France. (…) Non, j’ai été obligé : tout le monde sous les drapeaux ! Mon père a fait 14/18, il n’y a pas de raison que je ne fasse pas 39/45. C’est la même chose : sous les drapeaux ! (…) Il n’y a pas de choix, c’est obligatoire. Tous les copains ils vont à la guerre. Il n’y a pas de raison pour que vous, vous restiez couchés. On défend la patrie, on défend le drapeau. Il faut que tout le monde défende le drapeau. (…)

Du moment que vous avez quitté votre maison pour aller combattre, une fois que vous avez quitté la maison, c’est fini. Tu es parti de chez toi. Mais la France c’était chez nous, quoi, aussi. A ce moment, c’est les colonies. Les colonies françaises. On dépend de la colonie française. Les trois couleurs. Tu défends ta patrie. La patrie c’est la France. Alors moi je crois qu’il ne faut pas avoir peur. Du moment où tu as quitté, tu as traversé la mer, tu es parti à la guerre. Si Dieu veut que tu retournes, tu retournes. Si Dieu ne veut pas que tu retournes et que tu meurs là bas, c’est tout. Et t’es enterré là bas comme les copains qui sont à Compiègne. (…) Il y en a combien qui sont enterrés là bas ? Et même si t’avais peur, tu pars pour aller ou ? En ce moment tu es Français, tu es Français, c’est tout. »

Sakho Ousseynou
Sakho Ousseynou

Sakho Ousseynou

Né en 1916.
Engagé volontaire le 30/09/40
n° de matricule : 239 40
Renvoyé dans ses foyers le 11/05/46.
Village de Tuabou, région de Bakel, Sénégal, 1999

Mamadou Magassa
Mamadou Magassa

Mamadou Magassa

Né vers 1922 à Nioro du Sahel
matricule 80 859
classe 42
Nioro du Sahel, Mali, 1999

« Nous avons quitté Kayes fin 1943, et nous sommes arrivés à Dakar. On est resté deux mois à Dakar, après on est venu à Casablanca. 4 jours à Casa, après Alger et Mostaganem. Là, on avait des habillements français, bon. On a changé les habillements et les armements pour (de l’équipement) américain. On est resté là bas jusqu’en 1944. En 44, on a été embarqué à Alger, pour la Corse. Puis on a quitté la Corse pour l’Ile d’Elbe. On a commencé les attaquements à l’Ile d’Elbe. De là bas on est retourné en Corse. Après le grand débarquement en 1944, le 25 août 44, on a pris le bateau pour la France : on a débarqué à quelques kms de Toulon. On a fait 7 jours de combats. Après on est parti à pied jusque tout près de Lyon. (…) On s’est reposé. Et on a entendu que les Allemands ont fait reculer les troupes françaises. On est parti. On a pris les camions dans la nuit. On a continué deux jours pour arriver à la frontière vers la Suisse, vers un endroit qui s’appelle St Moritz. On s’est installé là bas. On ne pouvait pas bouger. On a fait quatre jours de combats défensifs, jusqu’à ce que la neige commence à tomber. Bon. Notre régiment est venu à Besançon. Puis on est venu à Belfort. (…) Les Allemands reculaient, jusqu’à comment… l’Alsace. Bon on a quitté Belfort. On est parti jusqu’à Strasbourg. Les Allemands ont reculé encore. On a traversé le Rhin. A ce moment là, les Allemands ont coupé le pont. On a fait des madriers pour traverser le pont, pour traverser le fleuve. Bon, quand on a fait ça, on est venu dans un village qui s’appelle Karlsruhe. On s’est bien installé là bas. Jusqu’à longtemps. (…)

Quand on rentrait dans les villages en Allemagne, les gens n’étaient pas habitués. Ils disaient : « Schwarz kommen, Schwarz kommen ». Ils nous parlaient comme ça. (…) « Schwarz kommen » ça veut dire : « Les Noirs sont arrivés, les Noirs sont arrivés ». Les enfants parlaient comme ça, ils touchaient notre corps. Ils croyaient que l’on avait mis du savon ou quelque chose, de la peinture. S’ils font comme ça (il se touche du doigt), ils ne voient rien. Ils comprennent que c’est Dieu qui nous a fait Noirs. Oui, on était étonné. Nous on n’avait jamais vu d’Allemands, mais on a vu des Européens, les Français qui étaient avec nous. Mais les Allemands dans les villages disaient : « Nous on n’a jamais vu de Noirs ». C’est pour ça que les enfants ils viennent. Ils nous regardent comme de la viande, quoi : « Schwarz kommen, Schwarz kommen. (…)

Après, on est parti jusqu’à l’Autriche. (…) En ce temps là, le lendemain l’Armistice a été signé. On est retourné à Baden-Baden. On est resté là bas jusqu’au moment où ils décident que tous les Africains ils doivent retourner en Afrique. C’est comme ça qu’on est revenu en France, pour gagner un bateau et embarquer à Marseille sur un bateau qui s’appelle Pasteur. On est embarqué sur le Pasteur. On est revenu à Dakar. De Dakar pour venir, à Kayes, puis à Nioro où on a été libéré en 1946. C’était comme ça. »

Diarra Daouda
Diarra Daouda

Diarra Daouda

Né en 1909 à Sanbagoré
matricule 68 026
classe 29
Incorporé au 2° RTS pour 4 ans le 03.03.29.
Passe ensuite au 14° RTS le 17.05.29.
Libéré du service le 05.03.33.
Se retire à son village.
Rappelé sous les drapeaux le 11.12.39.
Traduit du mossi
Sanbagoré, région de Nioro du Sahel, Mali

( …) « On a fait trois mois derrière les barbelés, et tout ce qu’on buvait, c’est de l’eau tiède. Après, il y a un nouveau service qui est apparu chez les Allemands : que les prisonniers doivent travailler, qu’il ne faut pas qu’ils nous « torturent ». Et nous on a eu un peu de liberté. Quand ils nous ont pris comme prisonniers, nos repas, c’était de la viande de cheval. Bon, quand on était en Allemagne, les corvées qu’on faisait, c’était des coupes de bois, quoi. Moi j’avais mon équipe, on travaillait. A côté, il y avait des Allemands qui nous gardaient. Un jour, je travaillais, j’ai eu un vertige, je suis tombé. Les Allemands sont venus : « le caporal est mort ! Le caporal est mort ! ». On m’a transféré dans un hôpital (à Auxerre). Après ma guérison, on m’a laissé venir en Afrique. On a pris le bateau à Casa, avant d’arriver à Dakar. Il y avait un camp de passage qu’on appelait Thiaroye. On était hébergé là bas, avant qu’on nous mette dans les trains pour Kayes. (…)

Le souvenir que j’ai, c’est qu’il n’y avait pas à manger, qu’on allait mourir de faim. Je pense à ça. On ne trouvait pas à manger. Quand je pense à ça, je me dis qu’il y a eu des jours qui ont été difficiles pour nous. Je pensais même pas que j’allais vivre après. Quand j’ai quitté ici, je ne connaissais pas un autre endroit qu’ici. Ici ce n’est pas la France. C’est ça que j’ai comme souvenirs. (…)

Quand ont est revenu au village, tout le monde était joyeux, content de voir leurs parents qui ne son pas morts à la guerre, qu’on est revenu sain et sauf. Quand on a quitté ici, on ne parlait pas français. On est parti en France et on a appris à parler le français. J’ai commencé à écrire aussi. Maintenant j’ai perdu la mémoire un peu, sans quoi je pourrai écrire un peu. Je ne suis pas passé par l’école. J’ai appris avec les camarades français et par les camarades africains qui savaient. (…)

Quand je suis revenu ici, j’étais le seul lettré dans le village. Quand les impôts arrivaient, c’est moi qui écrivais la comptabilité pour le chef. S’il y a tant de somme à payer… c’est moi qui faisais tout. Voilà : quand je suis revenu, il y a eu un respect, de la part de mes parents, de la population civile. J’étais considéré, j’étais le seul à avoir voyagé, qui est parti en France, qui a fait la guerre, qui est revenu, qui connaissait la vie, ce qu’il faut faire, ce qui est bien, ce qui n’est pas bien. J’étais le seul qui connaissait ça. »

Sou Sangta
Sou Sangta

Sou Sangta

né en 1905 à Goan.
Matricule 4550
classe 35.
Goan (région de Moïssala), Tchad, avril 2000.

Mo Aste Dabite
Mo Aste Dabite

Mo Aste Dabite

né à Laï (région de Mondou).
Matricule 4136
incorporé le 16 mai 1934
affecté au BM1.
Pension : 900 000 CFA / semestre
Moundou, Tchad, avril 2000.

Moussa Kodbé
Moussa Kodbé

Moussa Kodbé

né en 1922 à Abtur (Bitkin)
Matricule 18 384
classe 40
Pension : 340 000 FCFA/6 mois
Mongo, Tchad, avril 2000

Mustapha Ahmat
Mustapha Ahmat

Mustapha Ahmat

né à Djogobo (région de Mongo) vers 1922
matricule 5458
incorporé le 02.11.42.
Traduit du sara
Mongo, Tchad, 2000

« Moi, je voyageais au Soudan, et quand je suis revenu vers chez moi, au Tchad, je suis passé par Abéché. A Abéché, j’ai vu des sous-officiers, des caporals, des caporal-chefs, des gens qui ont des grades. Et en voyant l'armée, j’ai jugé que c'était pas utile pour moi de revenir au village natal et je me suis engagé à Abéché. Pour avoir des grades. C’était ma décision. (…) Là, on a eu un délai et après on est passé par Mongo et Bitkine jusqu'à N'Djamena. En ce temps, c'était Fort Lamy. (…)
De N'Djamena, on a continué vers Bouar, en Centre Afrique. On a fait ça en camion. A Bouar, on a passé six mois. (…) Après Bouar, on est passé par Koussiri, puis Kano, puis Zinder, puis Agadez, puis on est arrivé tout juste au bord de la mer, en Tunisie. On a pris le bateau là, pour aller en Italie. Notre compagnie, là, c'est une compagnie lourde, avec le capitaine Dio, le commandant Lanis, le lieutenant Gaucher. (…)
J’ai vu le général de Gaulle en Tunisie, mais je me rappelle pas de l'année. Je l’ai vu quand il est passé devant la troupe. Le général, c'est quelqu'un de géant, quelqu'un de joli, quelqu'un de très clair. C'est tout juste ce que j’ai vu. Voilà. »

Yorou Kondoli
Yorou Kondoli

Yorou Kondoli

né vers 1920 à Ouaké
Matricule 60 678
classe 41
Région de Djougou, Bénin, 2000

Nadembaye Joseph
Nadembaye Joseph

Nadembaye Joseph

né à Moundou en 1918
matricule 16 237
incorporé le 15 juin 38
Traduit du sara
Sarh, Tchad, avril 2000

« Quand je suis petit, alors, mon père me tape pour que je cultive. (…) Chez nous, si l'enfant ne cultive pas, on le tape. Alors c'est pourquoi j’ai couru pour aller à N'Djamena. Je ne voulais pas cultiver. C'était mieux de faire l'armée que d’être ici. Et à N’Djamena j’ai entendu les tam-tams pour le recrutement. (…) Ils tapaient dans les tam-tams, quand le matin est venu, ils commençaient à taper : « Boum, boum, boum », comme ça. Si tu as entendu alors, il faut que tu partes pour l'engagement. (…) C'était des Africains qui tapaient sur les tam-tams, et c'est pas par les ordres du chef de canton. Alors, là, il y a les Européens, même, qui sont venus avec des kilos (pèse personnes) et des habillements. Ils sont là, ils sont installés à machin... à l'infirmerie. Après ça, on est déshabillé, tu te déshabilles tout, et puis tu vas courir, tu montes sur le kilo, sur la balance. Et puis ils disent : « Faites comme ça, ceci, cela ». Après, quand tu as pris un numéro, là, tu pars là-bas, à l’autre bout. Avant de te rhabiller, tu vas rester là-bas, d'abord, pour attendre les camarades. Quand ils sont revenus, alors là maintenant, ils vont compter tout le monde, et si vous êtes au nombre de 100, alors là maintenant, ils vous habillent. Moi, je suis content, je suis content, c'est pourquoi je rentre dans l'armée. Oui, je suis très content. (…)

Après on est parti au pays des Arabes, en Tunisie. (…) On s'est reposé. Après ça, on nous a emmenés jusqu'en France. On a traversé l'eau jusqu'à Marseille. Marseille, vous connaissez Marseille ? Là, la guerre a commencé déjà. On est passé à Montpellier. Vous connaissez Montpellier ? (…) A la guerre, là, il y a beaucoup de morts. Beaucoup. Quand tu regardes, comme ça, tu restes là, tu penses, oui. Tu penses. Tu penses à la mort des gens qui sont morts. Quand ils sont tombés. Les brancardiers, ils ramassaient les gens qui sont morts. Qui sont tués. Pour les amener et pour les rentrer au trou. Des Africains il y en a, des Européens, aussi, il y en a. Oui, il y a des amis qui ont reçu des coups, là, et qui sont morts. Beaucoup. (…) Avec les blancs, ça se passait bien. Ça se passe bien. On est mélangé, comme ça, ça se passe bien. Il n'y a pas de différences. Si, la différence, nous là, c'est... les Tirailleurs. On nous appelait « Tirailleurs ». Les Européens, ils sont appelés soldats. C'est comme ça. C'est ça. (…) Après, ils ont dit : « Bon, y a plus rien ». Alors là maintenant, nous, ils nous ont amenés au bateau. (…) Je me souviens. Quand je reviens de la France, là, je suis revenu à Dakar. À Dakar, je suis hospitalisé pour la maladie de l'asthme. On m'a soigné à l'hôpital de machin... de Dakar. Après ça, on est monté dans le bateau jusqu'au Cameroun. (…) Douala, Yaoundé et la Centre Afrique. Jusqu'à Sarh. Après, on nous a dispersés, on nous a séparés par pays. Les gens de Moundou ils partent, les gens de Centre Afrique ils partent, les gens du Cameroun ils partent, comme ça. Partout comme ça. Je suis revenu chez mon père, oui. Et j'ai été obligé de cultiver... » (…)

Jacques Koulemasse
Jacques Koulemasse

Jacques Koulemasse

né le 01.01.1918 à Takava.
Matricule 9905
classe 41 (sergent).
Quartier des « quinze ans »
Moïssala, Tchad, avril 2000.

Milena Robert
Milena Robert

Milena Robert

né entre 1915 et 1917 à Koumra.
Matricule 14 082.
Koumra, Tchad, avril 00.

Diop Babacar
Diop Babacar

Diop Babacar

né en 1920 à St Louis
matricule 1616
Dakar, Sénégal

« Je suis né à St Louis du Sénégal, et j’avais la nationalité française. Alors j’ai fait mon service militaire obligatoire. (…) J’ai fait deux ans et j’ai été libéré en 1942, fin 42. Après j’ai été mobilisé en 43. J’ai été embarqué à bord du « Pasteur » pour aller en Afrique du Nord où nous avons préparé le débarquement en France. Je faisais partie du 4ème RAC de la 9ème DIC. (…)
Ca se passait très bien entre nous, parce que nous étions tous Français. On a fait nos classes ensemble. On mangeait ensemble. On était avec le même régime. On était habillé comme eux, on se couchait ensemble côte à côte. C’était une fraternité réelle qui existait entre nous. (…) De différences entre nous ? La couleur de la peau, tout simplement. Différence de couleur. Mais au point de vue de l’esprit, c’était la même chose. Parce que nous avions fait l’école, l’école française, oui. (…) Donc nous avions la même éducation. Parce que vous savez que les Français ont fait 3 siècles ici, avec nous. Moi je suis de St Louis, j’ai été français. Je suis né à St louis. Au Sénégal, il y avait 4 communes de pleins exercices : St Louis, Dakar, Gorée et Rufisque. Ceux qui étaient nés dans ces pays là étaient des citoyens français au même titre que vous. Et nous, on faisait le même service, comme vous. Donc c’est comme ça que je suis rentré dans l’armée. (…) Nous avons débarqué à Marseille le 1er octobre 1944.

C’est à partir de Belfort que les Tirailleurs sénégalais, à cause du froid qui s’annonçait, se sont retirés pour revenir vers le Midi de la France. Mais nous, moi qui étais Français, qui étais dans une unité française, j’ai continué à faire la guerre avec les Français. Nous étions 10 dans l’unité où j’étais. Nous étions 10 originaires… 10 Noirs. C’est pour ça que j’ai continué à faire la guerre. Jusqu’en Autriche. (…)
Nous avons fait d’abord l’Alsace, et après on a traversé le Rhin, avec les Américains à notre gauche et les Anglais à notre droite. Nous étions au milieu, c’est comme ça que nous sommes allés… Quelques temps après, quelques jours après, on a demandé à l’armée française de passer par la Forêt-Noire, par Baden-Baden et ainsi de suite parce que les Allemands s’étaient cachés dans les forêts. On a fait le « nettoyage ». On a fait Stuttgart, Forzeim. Imagine les bombardements massifs. Stuttgart a été bombardé et Forzeim, une ville industrielle, a été complètement détruite : il ne restait que des squelettes de magasins et de matériels. Alors c’est par là que nous sommes passés jusqu’en Autriche, en combattant de temps en temps des résistances, et à la fin de la guerre on nous a trouvés dans un village frontière de l’Autriche. (…) En 1945 je suis revenu à Marseille. Je me suis rembarqué pour revenir au Sénégal, le 30 novembre 1945. »

Agbo Dinde Bernard
Agbo Dinde Bernard

Agbo Dinde Bernard

né en 1910 à Azaguié
Agbo Dinde Bernard est facteur de 1926 à 1929.
Il est incorporé comme engagé volontaire le 16/02/30 (14° RTS)
Nommé 1ère classe le 16/02/32, caporal en 36, sergent en 38, sergent chef en 43.
Notamment affecté au Levant de 39 à 41 puis en Tunisie en 1943.
Libéré après 15 ans de service le 16/02/45

Abidjan, Côte d’Ivoire 04/02/99

Yeo Lognon
Yeo Lognon

Yeo Lognon

Matricule 10 894
né en 1917
Traduit du sénoufo par son fils
Région de Korhogo, Côte d’Ivoire, 1999

« Je pensais même mourir et il s’est trouvé que je suis pas mort. Je me suis relevé. Puis les brigadiers allemands se sont occupés de moi, m’ont mis dans une voiture et m’ont soigné. Et pendant huit jours je n’ai pas bu et pas mangé. Car là où on a été amené, il n’y avait pas d’eau ni à manger. Alors on a eu faim. Pendant huit jours on n’a rien eu à boire et à manger. Certains sont morts par manque d’eau. Alors les Allemands sortaient ceux là. Ils ont aligné les morts au bord d'une grande maison, comme ça, là. J’ai voulu me cacher pour voir ceux qui étaient morts mais les Allemands n’ont pas voulu. Puis on a marché toute la journée, ceux qui étaient survivants, jusqu’à la nuit. Le lendemain, on est rentré dans un camp de prisonniers. Alors on a bu de l’eau, on nous a donné à boire d’abord. Puis les Allemands nous ont rassemblés et ils nous ont filmés. Nous, on ne connaissait rien où on était. On était fatigué. C’était chaud, quoi ! (…)

Lorsqu’on était prisonnier, bon, il n’y avait même pas à manger. Seulement du pain dur. Les Allemands jetaient cela pour nous. Et nous on se battait pour ce pain. Si on n’était pas fort, on ne survivait pas. Quand les Allemands étaient rassasiés, ils nous jetaient les restes du pain. Et nous on se battait pour ces morceaux de pain. Et si tu n’en as pas eu, s’il y en a un qui en a, tu peux alors le battre et lui arracher son pain et le manger. Voilà, c’était comme ça. Et maintenant, alors, j’aime le pain dur. Le riz, je n’aime pas. Le café et le pain, j’adore ça. (…)

A Saint Florentin, on a été obligé de manger de l’herbe, à cause de la faim. A cause de la faim, on ne pouvait plus marcher sur les pieds. Si tu entends parler que des anciens combattants ont mangé de l’herbe à cause de la faim, c’était à Saint Florentin, là où on était. C’est nous qui avons mangé de l’herbe. » (…)

Son fils :
« Maintenant il ne peut pas marcher, il ne peut plus sortir dehors. Cette année, cela fait cinq ans qu’il n’est pas sorti dehors. Jamais. Maintenant il a perdu sa force. Il a perdu sa voix. Il y a des enfants qui sont venus au monde, ils ne savent même pas qu’il y a un vieux ici dans le village et qu’il s’appelle Lognon. (…) Il pense que son numéro de prisonnier, c’était le 1868. »

Danho Béba Marcel
Danho Béba Marcel

Danho Béba Marcel

né en 1916
classe 39
matricule 26 126
Prisonnier de guerre n°5177
Danho Béba Marcel touchait une pension de 28 000 FCFA tous les six mois.
Abidjan, Côte d’Ivoire, 1999

« En 1937 on m’a pris et j’ai fait le recrutement. Oui, j’ai été obligé, appelé. Le 15 décembre 38, je suis à Abidjan. A Abidjan, j’ai fait 8 mois. Puis j’ai pris le bateau à Port Bouët, le 31 août 39. On a été à Casablanca, puis à Fès au Maroc, puis Oujda et Oran. A Oran, j’ai pris le bateau, un bateau de guerre, jusqu’à Marseille. Et puis à Marseille j’ai pris le train, jusqu’à chose, comment… Rivesaltes, puis Perpignan. (…)

Puis on a pris le train pour aller au front. On a fait l’attaque avec les Allemands. Le 22 juin, j’étais fait prisonnier de guerre. Du 22 juin 40 jusqu’au 24 août 44 j’ai été prisonnier de guerre (…). Les Allemands nous ont pris. Quand il pleuvait, nous étions là-dedans, quand il faisait froid, nous étions là-dedans. Nous avons fait trois mois, puis on nous a parqués pour aller de l’autre côté. Mais c’était il y a longtemps, par où je suis passé, j’ai oublié. »

Aoussi Eba
Aoussi Eba

Aoussi Eba

né en 1922
matricule 97 633
classe 42/43
Grand Bassam, Côte d’Ivoire, 1999

« Comme instituteur, j’ai été pris comme volontaire – alors que je n’avais pas demandé à partir. Mais une fois désigné, je suis parti à Bouaké. De Bouaké, on fait tout le parcours jusqu’au Sénégal. Après le Sénégal, c’est Marseille. (…) Notre avis ? C’était hors de question. J’ai été recruté. Comme ça. Tous nous nous sommes retrouvés dans le même cas. (…)

En vérité, durant ce temps là, vous étiez tous pétainistes, vous étiez pétainistes. Mais pendant la guerre, quand de Gaulle a voulu débarquer à Dakar, une fois qu’il s’est retiré, il y a eu des changements. Tout le monde est devenu gaulliste. Vous êtes pétainiste aujourd’hui et demain vous êtes gaulliste. Comme c’était les Blancs qui étaient à notre tête, s’ils retournaient leur veste, nous retournions la nôtre. Non, on ne savait pas ce qui se passait entre Pétain et de Gaulle. Ils se battaient. De Gaulle était loin. On n’a entendu parler de de Gaulle que lorsqu’il a voulu débarquer à Dakar. En Côte d’Ivoire, les chefs étaient pétainistes et donc tout le monde était pétainiste. (…)
Après la guerre, moi je ne sais pas comment c’était ailleurs, mais dans mon village, si vous avez fait la guerre, c’est… On était peut-être une dizaine. Alors là, on était devenu des hommes de qualité. On avait eu des relations avec des gens d’Europe. (…)

(De la part des Français) on attendait au moins de la reconnaissance, au retour. Mais vous savez, moi, quand je suis arrivé ici… chacun avait droit à 3 m de tissu. Et comme j’avais une famille, j’ai eu droit à 6 m de tissu. Je n’avais pas droit à du pain. J’ai été obligé d’avoir des tickets de pain. C’est… Maintenant, ce sont des petites choses, qui n’ont l’air de rien mais c’est choquant. Comme quand vous étiez pour la fête du 14 juillet : on a défilé avec tous les enfants et après le commandant nous a dit : « Vous n’êtes pas invité ». J’ai été obligé de sortir ma carte de combattant et seulement alors ils m’ont accepté. C’était en 46 ou 47. On attendait de la part des Européens une reconnaissance. Surtout que l’on était fonctionnaire. Non pas avoir le pas sur l’Européen, mais une reconnaissance. Les administrateurs, ce qu’ils ne voulaient pas, c’est qu’on soit assimilé. »

Nagouno Silué
Nagouno Silué

Nagouno Silué

né en 1917
matricule 10 850
classe 37
Langue maternelle : sénoufo
Korhogo, Côte d’Ivoire, 1999

« Le recrutement ? Mais…On est bien obligé. Parce que le médecin vous mettait à nu. On n’a plus rien. Plus de boubou. Le médecin vous met à nu pour pouvoir bien contrôler : la bouche, tout. Il faut que tu sois en bonne santé. Il m’a mis apte, que je suis bon. (…) Quand le docteur a fini avec vous, vous êtes encore tout nu. Pas de caleçon. Rien. Après, il y a le sac : là on met un papier blanc et un papier rouge et on les roule. Tu les mets dans le sac. Tu mets la main dedans et puis ils disent d’attraper un de ces rouleaux : « Sortez-le ! ». Et les hommes disaient : « Allez, dépêche-toi ! On t’attend, mon vieux ! Fais en sortir un ! ». Alors tu es fâché et tu en prends un. Alors si tu en sors un tout blanc, tu restes, et si tu en sors un tout rouge, dans le tirage au sort, si tu sors un tout rouge, on t’habille tout de suite. Oui j’ai pris le rouge, j’ai pas fait exprès pour en attraper un rouge. Voilà. Il est tout rouge. Les camarades qui ont pris blanc, ils reprennent leurs habits que le docteur leur avait enlevés et puis ils s’en vont au village encore. Toi qui as pris rouge, tu as la chéchia. C’est ça que les Tirailleurs sénégalais portent : c’est la chéchia rouge. Il y en a qui sont contents et il y en a qui ne sont pas contents. (…) Si j’étais content ? Mais étant jeune – j’avais pas 20 ans encore – étant jeune on était content. Mais on nous a pas dit que l’on va partir à la guerre. C’est le service militaire d’abord : la guerre est déclarée après notre arrivée. On est parti en France en 37/38. Vers la fin de 37, parce que l’on est arrivé vers l’hivernage, au moment du froid. Il n’y avait pas encore la guerre. Il n’y avait rien. (…)

Nous ne pouvions pas savoir ce que les Français pensaient de nous. Sauf quand on est parti à la guerre. Le moment où on va à la guerre, il y a les vieux, il y a les vieilles femmes, des vieilles Françaises. Elles pleurent. Nous, quand on va vers la frontière allemande, les gens nous donnent des pull-overs, ils nous donnent des habits, des choses résistant au froid. En pleurant. On est très chargé. Mais ce qu’on a pu porter, on l’a pris. Parce que des fois il y en avait trop. Des fois il y en a trop. Des cadeaux, à manger, un lapin, quelque chose que tu peux porter. S’il y a une place dans la musette, tu prends. Et puis tu t’en vas. C’est comme ça. Les vieilles femmes, les vieux papas pleurent. Ils ne peuvent pas marcher et pourtant ils sont à côté de nous-même. Le Français dit : « Bonne chance, bonne chance mon fils. » (…)

Kone Soma
Kone Soma

Kone Soma

né en 1922
matricule 97 064
classe 42
Korhogo, Côte d’Ivoire, février 1999

« Au retour, on m’a contacté en 47 pour que je retourne encore, que je continue mon travail. Mon père a absolument refusé. Il a dit : « Il faudra m’attacher et t’attacher aussi. » Il n’a pas voulu. C’est pour ça que je suis là. Bon. Le jour où le président du Mali est venu ici en Côte d’Ivoire, j’ai retrouvé un capitaine qui était de ma classe. Il m’a dit : « Voilà Soma, si tu avais été là bas, Soma, peut-être que tu serais au moins colonel ou bien commandant. Moi je suis capitaine aujourd’hui. » J’ai dit : « C’est mon père qui n’a pas voulu, qui n’a pas voulu. » Sinon je serai retourné. Il ne voulait pas que je retourne car il voulait que je travaille avec lui ici. Mais je jure que si j’avais fait 15 ans là bas (en Indochine), oui, vraiment j’aurais été très bien, je serais très bien. Dans l’armée j’étais très bien. Mon père a complètement refusé que je revienne à l’armée. (…)

On est allé là bas donner un coup de main aux Français. Donc on a fait ce qu’ils voulaient. Il y en a parmi nous qui sont morts et nous autres on est revenu. Dieu est grand, on est revenu trouver notre pays encore. C’est ça. Quand je suis revenu j’ai cultivé, seulement. On ne m’a pas payé. On me paye rien. Même zéro centime je n’ai pas trouvé. Maintenant nous pensons que les Français ne nous écoutent pas. Aujourd’hui nous sommes très fatigués. Les Africains qui sont morts là bas, c’est trop. Mais maintenant nous pensons que peut-être le bonheur que l’on a fait aux Français, peut-être que les Français ne le connaissent pas. On a pensé tout ça. C’est ça qui nous fait mal. Et puis toi tu es venu, tu as pris nos paroles et tu vas partir. Alors peut-être que si Dieu est grand on aura quelque chose. »

Abaras Caya (ou Gaya)
Abaras Caya (ou Gaya)

Abaras Caya (ou Gaya)

né entre 1921 et 1923
matricule 35 806
Incorporé à Maiduguri (Nigéria) le 11.09.40.
(5ème battalion Nigeria Regiment).
Kousseri, Cameroun, avril 2000

Abaras Caya a aujourd’hui perdu la mémoire. Son fils Raymond :
« Avant, mon vieux disait que quand ils sont arrivés au Maroc, d'un côté il y avait les soldats blancs et de l'autre côté il y avait les soldats noirs. Bon. De Gaulle est venu les trouver. Bon. Dès que de Gaulle a vu ça, il a sorti des balles et il a dit «Regardez ! Est-ce que ces balles ont plusieurs couleurs ? Alors je vous demande immédiatement de vous mélanger ». Mon vieux disait que c'est là où les blancs et les noirs se sont mélangés, alors. C'est ce que mon vieux disait. » (…)
Il disait aussi : « Bon, quand un de tes amis tombe, la seule chose qu'il faut faire immédiatement, c'est d'enlever son bidon d'eau et prendre ses biscuits. Pour garder ça. Afin de survivre ». (…)
« Il disait qu’en Indochine, les ennemis les ont encerclés pendant sept jours. Les Indochinois les ont encerclés, et c'est l'aviation qui est venue les libérer. C'était alors une guerre qui était très rude. »
« Dès qu'ils sont rentrés de la guerre, bon on leur a dit qu'ils pouvaient être engagés dans n'importe quel corps d'Afrique. Bon. Lui il a préféré s'engager dans l'armée camerounaise. En ce temps, c'était la garde camerounaise. Il était engagé là-bas. C'est la garde qui est devenue la gendarmerie camerounaise. »

Ouda Ouiled
Ouda Ouiled

Ouda Ouiled

né vers 1916 à Alladi
matricule 4864
classe 36
carte de combattant 8670
Traduit par Raymond Abaras
Koussiri, Cameroun, avril 2000

« Il dit qu’il est de la classe 36. Engagé volontaire. Il était jeune, et il a voulu être dans l'armée. Il dit qu’il a été poussé par sa jeunesse. C'est ça qu'il dit. C'est par sa volonté qu’il a été dans l'armée. C'est de lui-même. (…) Il dit qu'il avait perdu son père déjà, qu’il avait perdu sa mère, qu’il est resté avec sa grande sœur seulement. Alors plutôt que de rester comme ça, à la maison, bon, il a préféré s'engager dans l'armée. (…)

Il dit qu'il était très fier de porter la tenue de l'armée, et alors il a voulu aussi aller en guerre, pour être récompensé après. (…) C'est ça. Il dit qu'en 39, ils étaient à Koufra, et que quand il était à Koufra il y avait la guerre. Il dit qu'il y a eu l’attaque avec les Italiens. Il dit qu'ils ont commencé à se préparer depuis la matinée déjà, et que l'attaque a commencé dans la soirée, aux environs de 5 heures, comme ça. Il dit que la bataille a été très rude, jusqu'à ce que les Italiens ont fui. Et les Français ont occupé leur place. C'était dans la nuit. Il dit qu'il s'est engagé pour la mort, alors il n'avait pas peur. Il dit qu’après ils sont allés à Faya (…) et il dit qu’il a vu de Gaulle, quand il était à Faya. Il est venu dans leur compagnie. Il a fait la revue de la troupe, tout ça, et puis il est reparti. Lui-même, il a seulement présenté les armes, c'est tout. Il dit que c'était leur chef suprême, il ne pouvait pas le saluer lui-même, lui serrer la paume de la main. Alors il a présenté les armes, il l’a vu seulement passer. Il dit que de Gaulle, c'est quelqu'un qui est costaud, qu’il est géant, et quand lui-même le regarde, il regarde toujours en haut. Il dit que c'était un chef vraiment, qu’il l’aime beaucoup. Parce qu'il est très bon. Il a un très bon commandement et tout le monde a peur de lui. Il dit qu’il est très beau. (…)

Il dit qu'il a vu d'Ornano aussi. Il commandait le bataillon de Faya alors. Il dit que d’Ornano il a une seule lunette. Il dit qu'il est géant mais un peu bossu, quand il marche, il est un peu bossu. Pendant la guerre, il dit qu’ils étaient mélangés avec les blancs. Ils mangeaient ensemble, ils dormaient ensemble. Il n’y avait pas de problèmes. Le problème, c'était l'ennemi seulement. (…)
Il dit qu'à l’époque ils sont beaucoup d’Africains à faire le service ensemble, que beaucoup sont morts et que actuellement il est fatigué déjà. Il dit que c'est le destin de la vie, que chacun attend son jour. (…) Il dit qu'ils sont partis à la guerre, que lui est rentré. C'est tout. »

Massalbaï Faustin
Massalbaï Faustin

Massalbaï Faustin

né en 1914
matricule 4372
classe 42
Pension : 800 000 CFA / 6 mois
Sarh, Tchad, 2000

Tiékoura
Tiékoura

Tiékoura

Né vers 1909
Matricule 43 864
classe 1930
Man, côte d'Ivoire, 1999

Tombe de Sawadogo Tibyandé
Tombe de Sawadogo Tibyandé

Tombe de Sawadogo Tibyandé

Matricule 83 755
mort en 2004
Zablo (Kaya), Burkina Faso, 2004

Tieoule Gogbeu et Zô Tiédan
Tieoule Gogbeu et Zô Tiédan

Tieoule Gogbeu et Zô Tiédan

né en 1918, classe 38, affecté au 17ème RTS
né en 1920, classe 40 affecté au 17ème RTS

Man, Côte d’Ivoire, 18/02/99

Note d'intention

Tirailleurs africains et maghrébins un devoir de mémoire

1999 / 2004

Entre mémoire et témoignage, archive et création, « Tirailleurs, un devoir de mémoire » souhaite avant tout donner à voir la part importante – et occultée (1) - prise par les soldats africains et maghrébins pour la défense d’une France libre pendant la deuxième guerre mondiale. Ce travail se veut d’abord une rencontre avec des hommes qui sont donc porteurs d’une double histoire, la leur bien sûr, mais aussi la nôtre.

Favoriser la rencontre : photographie et entretien

La plupart des rencontres (2) avec les Tirailleurs a donné lieu à des entretiens autour de trois moments-clés de leur parcours : le recrutement, la guerre, le retour. Les témoignages recueillis pèchent parfois par une chronologie inexacte et une connaissance sommaire de la géographie mais ils sont particulièrement révélateurs de l’existence d’une mémoire collective qui livre des précisions là où on ne s’y attend pas… C’est ainsi qu’au travers de témoignages chaque fois singulier et unique se dessine une mémoire collective qui met à jour l’étrange destin de ces hommes bouleversés par une histoire qui n’était pas a priori la leur. Et qui les a longtemps oubliés.

Non-reconnaissance et cristallisation des pensions

Menés entre 1999 et 2004, les entretiens témoignent d’un fort sentiment de non-reconnaissance : les Tirailleurs ne comprennent pas que celle qui fut dans leur jeunesse leur « mère patrie » semble les avoir oubliés. Témoin pour eux de cet « oubli », la cristallisation des pensions. Lors de l’accession à l’indépendance des pays de l’AOF/AEF dans les années 60, l’Etat français, notamment pour des raisons financières, a cristallisé les pensions et les retraites de leurs ressortissants. Les disparités de ces pensions ont été aggravées par des majorations et des dérogations accordées par décret à certains états (3).

A mesure que le temps est passé, Bir Hakeim, Elbe, la Provence ne sont plus devenus que des lieux étranges et inconnus pour les jeunes générations « ici et là bas » et beaucoup de vieux Tirailleurs sont partagés entre amertume et espoir : « Aujourd’hui, nous sommes très fatigués. Les Africains qui sont morts là bas, c’est trop. Maintenant nous pensons que le bonheur que l’on a fait, les Français ne le connaissent peut-être pas. On a pensé tout ça. C’est ça qui nous fait mal. Et puis toi tu es venu, tu as pris nos paroles et tu vas partir »(4).

  1. Le sociologue Claude-Valentin Marie parle à ce propos d’ « (…) une amnésie collective dont la fonction majeure semble être de sauvegarder le mythe d’une vigueur nationale faisant face seule à toutes les épreuves. (…)Tout se passe comme si la participation étrangère dans la Libération de la France devait être d’autant plus occultée, refoulée, qu’elle rend plus criante l’indécision de la grande majorité des Français face à l’occupation, et plus inacceptable encore la trahison de ceux qui ont choisi la collaboration ».
  2. Ce travail est le fruit de cent cinquante rencontres avec des Tirailleurs entre 1999 et 2004 (Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Tchad, Cameroun, Bénin, Maroc et Tunisie).
  3. Les pensions des anciens combattants africains sont revalorisées en avril 2004. En août 2004 le débarquement en Provence fait l’objet d’une commémoration en présence d’anciens combattants africains.
  4. Kone Soma, Côte d’Ivoire (février 1999). Contact exposition : hervedewilli22@yahoo.fr Cette exposition bénéficie du soutien du FASILD-Bretagne (2008) / 40 photographies (format 130x100 cm) et entretiens

Cette exposition bénéficie du soutien du FASILD-Bretagne (2008) / 40 photographies (format 130x100 cm) et entretiens